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La désinformation alimente les attaques violentes contre les agents de santé luttant contre Ebola
- Author, Marco Silva
- Role, BBC Verify
- Author, Peter Mwai
- Role, BBC Verify
- Published
- Temps de lecture: 8 min
"Ils m’ont attrapé par derrière et ont commencé à me frapper, à coups de pelles et de machettes", raconte Daniel Uyirwoth Welo, l’un des quatre volontaires de la Croix-Rouge blessés lorsqu’une foule a tenté d’ouvrir un cercueil contenant une personne décédée d’Ebola.
Le mois dernier, cet homme de 27 ans et ses collègues tentaient de procéder à un enterrement en toute sécurité dans un cimetière de Bunia, dans l'est de la République démocratique du Congo, lorsqu'ils ont été attaqués. L'agression a été déclenchée par des rumeurs, circulant localement et en ligne, selon lesquelles le cercueil était vide.
Certains membres de la foule ont déclaré : "Non, Ebola n'existe pas", a confié Welo à BBC Verify, ajoutant que d'autres pensaient que l'équipe de la Croix-Rouge était là uniquement "pour obtenir de l'argent".
Cette attaque fait partie d'une série d'incidents liés à la désinformation survenue lors de la dernière épidémie d'Ebola, qui a infecté plus de 1 750 personnes et fait 600 morts en République démocratique du Congo depuis la mi-mai, selon les données gouvernementales.
Parmi les fausses informations qui circulent dans les zones touchées, on trouve des allégations selon lesquelles Ebola n'existe pas, que les agents de santé infectent délibérément des personnes ou prélèvent leurs organes, et que la riposte à Ebola est une opération lucrative.
BBC Verify a recensé 12 cas de résistance communautaire aux mesures de lutte contre Ebola, dont sept ont pu être vérifiés grâce à des images diffusées sur les réseaux sociaux. Ces cas incluent des attaques contre des centres de soins, des agressions contre le personnel soignant et des tentatives répétées d'entraver les rites funéraires des personnes décédées de la maladie. Le nombre réel est probablement plus élevé, car des incidents peuvent se produire dans des zones reculées et ne pas être signalés.
Plus récemment, le 1er juillet, un centre de traitement d'Ebola à Bafwabango, dans la province d'Ituri, épicentre de l'épidémie, a été incendié. Selon les médias locaux, un policier a été tué lors d'affrontements liés au corps d'une personne présumée décédée des suites du virus.
Le virus Ebola se transmet par contact direct avec des fluides corporels infectés et le corps des victimes peut rester hautement contagieux après leur décès. Les agents de santé souhaitaient enterrer la victime en toute sécurité, mais cette mesure s'est heurtée à une résistance constante durant l'épidémie, alimentée par des affirmations infondées selon lesquelles Ebola n'existerait pas.
L'épidémie actuelle est liée à l'espèce Bundibugyo. Bien qu'il n'existe à ce jour aucun vaccin ni traitement homologué contre cette espèce, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique qu'un essai clinique portant sur deux traitements potentiels a débuté ; toutefois, les experts soulignent que cet essai pourrait prendre plusieurs mois.
Les équipes d'intervention des organisations humanitaires et des autorités congolaises ont procédé à des inhumations sécurisées, en évitant les pratiques susceptibles de propager l'infection, comme le lavage ou le contact avec les corps. Les rites funéraires impliquant un contact avec le défunt ont joué un rôle majeur dans la propagation d'Ebola lors des précédentes épidémies ; les inhumations sécurisées constituent donc un moyen essentiel de limiter la propagation de la maladie.
Mais les autorités sanitaires affirment que la désinformation compromet ces efforts.
Fin mai, des émeutiers ont incendié du matériel et deux tentes d'isolement dans un centre de traitement d'Ebola à Rwampara après que les proches d'un jeune homme présumé décédé du virus aient été empêchés d'emporter son corps pour l'enterrer.
Les funérailles, qui durent souvent plusieurs jours en RDC, figurent parmi les cérémonies communautaires et culturelles les plus importantes du pays, revêtant une profonde importance sociale, culturelle et spirituelle.
"Les femmes sont vêtues de robes de mariée et maquillées… Elles chantent, elles célèbrent cette personne, car c’est un voyage, ce n’est pas la fin de la vie", a indiqué Julienne Anoko, anthropologue travaillant pour l’OMS en tant que chargée de l’engagement communautaire, à la BBC le mois dernier.
Depuis, des établissements médicaux auraient été attaqués ou vandalisés au moins trois fois de plus.
Les équipes de lutte contre Ebola en Ituri ont déclaré à la BBC que les idées fausses concernant le virus et les craintes quant à ce qui se passe dans les centres de traitement ont dissuadé certains patients de se faire soigner rapidement, ce qui les laisse souvent avec peu de chances de guérison lorsqu'ils arrivent pour obtenir une aide médicale.
Dr Aimé Mbonda Noula de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a déclaré que certaines familles avaient fui leur domicile lorsqu'un proche est décédé d'Ebola, abandonnant le corps plutôt que d'avertir les autorités par crainte d'être mises en quarantaine.
"La plupart des gens dans ces communautés pensent que ces centres de traitement sont des endroits où l'on meurt", a-t-il déclaré. "Alors, généralement, on s'enfuit de ces endroits et on fuit le personnel soignant."
D'autres ont résisté aux changements apportés aux pratiques funéraires.
"Ils ne croient pas que des funérailles dignes et sécurisées puissent vraiment changer les choses", explique Dr Babou Rukengeza de l'organisation caritative Save the Children. "Ils disent : 'c'est un membre de ma famille, je dois lui rendre hommage… c'est la dernière fois que je peux le toucher'."
Le mois dernier, deux agents de lutte contre Ebola ont été agressés dans la province du Nord-Kivu par des personnes qui les accusaient, semble-t-il, d'être responsables des décès survenus dans leur communauté.
Une vidéo authentifiée par BBC Verify montre une aide-soignante tentant d'échapper à un groupe d'hommes qui la frappent avec des planches de bois. Dans une autre séquence, un homme, apparemment vêtu d'une blouse médicale, rampe le long d'une route tandis que des passants lui jettent des pierres.
Une évaluation récente menée par l'organisation caritative ActionAid en Ituri a suggéré qu'environ un tiers des personnes interrogées ne croyaient pas qu'Ebola soit une véritable maladie, la considérant plutôt comme un phénomène spirituel ou le produit de la sorcellerie.
"La désinformation sur Ebola est le meilleur allié du virus", a déclaré Dr Wessam Mankoula, des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, à la BBC. "Les fausses rumeurs retardent la prise en charge des personnes qui ont besoin d'aide et alimentent les attaques contre le personnel et les établissements de santé, perturbant ainsi la lutte contre l'épidémie et offrant au virus davantage d'opportunités de se propager."
Selon les experts, la méfiance a été alimentée par des décennies de troubles dans l'est de la RDC — allant d'un conflit prolongé à des ingérences extérieures et à la concurrence pour les minéraux précieux, tels que l'or et le coltan, qui ont attiré des entreprises étrangères et des groupes armés.
"Il existe une base très solide de méfiance envers tout ce qui vient de l'extérieur, y compris du gouvernement central", déclare Dr Jean-Vivien Mombouli, qui a déjà conseillé des gouvernements de toute la région sur la manière de réagir aux épidémies d'Ebola.
Les autorités sanitaires affirment que la maîtrise de l'épidémie dépend désormais autant du rétablissement de la confiance que des traitements médicaux, et préviennent que sans l'acceptation des communautés, elles ne pourront pas mener à bien leur mission.
"La méfiance est le véritable champ de bataille", a écrit le directeur général de l'OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur les réseaux sociaux en juin. "Gagnons la confiance, et nous gagnerons."
Nous avons utilisé l'IA pour aider à traduire cet article, rédigé à l'origine en anglais. Un journaliste de la BBC a vérifié la traduction avant sa publication. En savoir plus sur la manière dont nous utilisons l'IA.