Barracuda, Manta, Léopard… ces opérations militaires françaises en Afrique qui ont marqué l'histoire

Des soldats français de l'opération « Licorne », basés à Abidjan (Côte d'Ivoire), arrivent à la base aérienne militaire n° 101 près de Bamako le 15 janvier 2013 pour renforcer les opérations « Serval », avant leur déploiement dans le nord du Mali.

Crédit photo, (Photo by ERIC FEFERBERG/AFP via Getty Images)

Légende image, Des soldats français de l'opération « Licorne », basés à Abidjan en partance le Mali.
    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC Afrique News
  • Published
  • Temps de lecture: 16 min

S'il y a un pays européen qui nourrit tant les passions et les ressentiments en Afrique francophone, c'est bien la France.

Ancienne puissance coloniale, la France à travers sa longue présence militaire sur le continent nourrit tous les fantasmes sur sa capacité à faire ou à défaire des régimes en Afrique.

Quand des crises politiques ou sécuritaires se produisent dans un pays de la région, tous les regards se tournent vers Paris.

Lorsque la France intervient, des voix s'élèvent pour dénoncer son interventionnisme. Mais lorsqu'elle s'abstient de le faire, d'autres voix s'élèvent également pour réclamer son intervention ou dénoncer son mutisme.

Une politique d'interventionnisme qui interroge

Un soldat français monte la garde dans le cadre de l'opération Hydra, le 1er novembre 2013, dans le village de Temera, près du fleuve Niger, entre Tombouctou et Gao, dans le nord du Mali.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des soldats français montent la garde dans le village de Temera (Mali).

Après la longue période de domination coloniale, le soleil des indépendances s'est levé un peu partout en Afrique au début des années 60.

A part la Guinée de Sékou Touré qui a proclamé son indépendance en octobre1958, la plupart des anciennes colonies françaises d'Afrique noire ont eu leur indépendance en 1960.

Cependant, au moment de prendre leur indépendance, presque tous les pays ont noué des accords de coopération militaire ou de défense avec l'ancienne puissance coloniale.

L'objectif pour les nouveaux Etats indépendants, était d'obtenir un soutien militaire français en cas d'agression par une puissance étrangère dans un contexte de guerre froide.

Pour la France, ces accords permettaient de maintenir sa présence en Afrique et de veiller à ses intérêts économiques dans certains secteurs clés comme le pétrole, l'uranium, etc.

Entre 1960 et 2022, la France est intervenue militairement à de nombreuses reprises en Afrique, parfois dans le cadre d'accords de coopération conclus avec les États concernés, parfois en dehors de ce cadre.

Si certaines interventions militaires ont été faites à la demande des dirigeants africains, d'autres placées sous mandat des Nations Unies, il y en a qui ont été planifiées et exécutées par Paris, en fonction de ses propres intérêts du moment.

Dans cet article, BBC News Afrique revient sur le Top 10 des interventions militaires françaises en Afrique qui sont restées dans les annales de l'histoire.

1- Opération Léopard 1978 (Katanga, Zaire)

Les légionnaires français avaient réussi à s'emparer de Kolweizi

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des parachutistes français du 2e REP après la bataille de Kolwezi, le 5 juin 1978.
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Au moment de l'opération Léopard, la RDC s'appelait encore Zaire. Dans ce vaste pays d'Afrique centrale, une rébellion revendique la sécession du Katanga, cette province méridionale du Congo particulièrement riche en cobalt et en cuivre.

Le 13 mai 1978, la ville de Kolwezi, important centre minier de la province, fut envahie par 3 000 à 4 000 rebelles surnommés les « Tigres ».

Ces indépendantistes appartenaient au Front national de libération du Congo (FNLC), un mouvement organisé depuis l'Angola voisine.

L'objectif politique du FNLC était d'occuper la province du Katanga. Les rebelles avaient déjà tenté le coup entre mars et mai 1977 sans succès.

Mais lorsqu'ils sont parvenus à Kolwezi cette fois-ci en mai 1978, ils se sont mis à piller la ville, violer les femmes et tuer certaines populations.

Ils ont également pris en otages plus de 2 000 Européens, français et belges en majorité qui vivaient et travaillaient dans une industrie minière locale.

Mobutu Sese Seko président du Zaire demande l'appui de la France et de la Belgique pour rétablir l'ordre à Kolwezi.

L'opération Léopard vient d'être lancée. Le 19 mai, 7 500 légionnaires sont parachutés à Kolwezi.

Ils prennent la ville après de violents combats et libèrent les 2000 Européens pris en otages.

Dans l'opération, cinq légionnaires français sont tués et 20 autres sont blessés. Côté rebelles 250 ont été tués et une centaine d'autres faits prisonniers.

Malheureusement, plusieurs centaines d'autres civiles ont été tués durant les combats et près d'un millier d'autres citoyens congolais non originaire du Katanga ont été massacrés par les rebelles.

2- Opération Barracuda 1979 (Centrafrique)

La France a préparé une mission pour démettre l'empereur Bokassa et installé au pouvoir l'ancien président David Dacko en république Centrafricaine.

Crédit photo, (Photo : Photo 12/Universal Images Group via Getty Images)

Légende image, Jean-Bedel Bokassa (1921 - 1996), Bokassa Ier renversé le 20 septembre 1979.

En République centrafricaine régnait un empereur du nom de Jean-Bedel Bokassa. Très lié au président français Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981), avec lequel il entretenait des relations étroites, Bokassa va toutefois connaître une rupture brutale avec Paris.

Selon Jeune Afrique, le rapprochement qu'il avait amorcé avec la Libye de Mouammar Kadhafi a suscité l'inquiétude des autorités françaises.

Le massacre d'écoliers et d'étudiants survenu entre janvier et avril 1979 finit de convaincre Paris de la nécessité de mettre un terme au régime de l'empereur.

Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979, une opération menée par les services secrets français aboutit à la destitution de Jean-Bedel Bokassa.

Des commandos français embarqués à bord de trois avions Transall quittent la France, font escale à N'Djamena puis débarquent discrètement à Bangui.

Ils amènent avec eux David Dacko, ancien chef d'État centrafricain renversé par Bokassa lors du coup d'État de 1965.

Initialement baptisée opération Caban (pour CentrAfrique-BANgui), l'intervention prend ensuite le nom d'opération Barracuda.

Sans tirer un seul coup de feu, les parachutistes français s'emparent de l'aéroport de Bangui avant de prendre le contrôle de la capitale.

Ils obtiennent la reddition de la garde impériale, tandis que les conseillers militaires et soldats libyens présents à Bangui se réfugient à l'ambassade de Libye.

Absent du pays au moment de son renversement, Jean-Bedel Bokassa est contraint à l'exil, d'abord en Côte d'Ivoire puis en France.

En 1980, il est condamné à mort par contumace en République centrafricaine pour plusieurs chefs d'accusation, notamment assassinat, détournement de fonds publics et atteinte aux libertés individuelles.

De retour dans son pays en 1986, il est finalement gracié en 1993 par le président André Kolingba, trois ans avant sa mort.

La même année que sa chute, en 1979, Bokassa et Valéry Giscard d'Estaing sont éclaboussés par la célèbre affaire dite des « diamants de Bokassa », qui provoque un important scandale politique en France.

3- Opération Manta 1983 (Tchad)

Des hélicoptères de l'armée française sur une base militaire au Tchad.

Crédit photo, AFP via Getty Images

Légende image, Les forces française de l'Opération Manta

Le 9 août 1983, François Mitterrand engage les troupes françaises au Tchad pour stopper la progression des forces libyennes et de leurs alliés du GUNT (Gouvernement d'union nationale de transition), dirigé par Goukouni Oueddei, vers N'Djamena. Cette intervention prend le nom de code Manta.

Pour comprendre le contexte de cette opération, il faut remonter à la guerre civile qui déchire le Tchad à partir de 1965. Plusieurs factions armées se disputent alors le pouvoir. Après des années de conflits, un accord est conclu en 1979 pour former un gouvernement d'union nationale, le GUNT.

Goukouni Oueddei est nommé président de la République, tandis qu'Hissène Habré obtient le portefeuille de la Défense. Mais cette cohabitation ne dure pas. Moins de deux ans plus tard, les affrontements reprennent entre les deux hommes.

Goukouni Oueddei bénéficie du soutien de la Libye de Mouammar Kadhafi, tandis qu'Hissène Habré est appuyé par la France et les États-Unis.

En juin 1982, Hissène Habré prend le pouvoir à N'Djamena et renverse Goukouni Oueddei.

Contraints de quitter la capitale, ce dernier et ses partisans se replient dans le nord du pays, où ils poursuivent la lutte avec le soutien de l'armée libyenne.

En juin 1983, les forces du GUNT infligent plusieurs revers aux troupes d'Hissène Habré. Leurs alliés libyens s'emparent notamment de Faya-Largeau. La menace devient alors majeure pour le régime tchadien, qui sollicite l'aide de la France.

Le 9 août 1983, le président François Mitterrand décide d'envoyer 3 000 soldats au Tchad. Le lendemain, l'opération Manta est officiellement lancée.

Dans un premier temps, 314 parachutistes sont déployés à N'Djamena avec pour mission de défendre le 15e parallèle.

Cette ligne constitue alors une véritable « ligne rouge » séparant les zones d'influence des forces françaises et libyennes.

La France mobilise également quatre avions Mirage F1 et six avions Jaguar. Parallèlement, des équipements militaires sont fournis aux troupes d'Hissène Habré avec l'appui des États-Unis, tous deux opposés à l'expansion de l'influence libyenne au Tchad.

Le 6 septembre 1983, les forces d'Hissène Habré, commandées sur le terrain par Idriss Déby, infligent de lourdes pertes au GUNT lors des combats d'Oum-Chalouba, où plusieurs centaines de combattants sont tués.

Confronté à cette intervention française, Mouammar Kadhafi finit par accepter le principe d'un retrait des forces étrangères. Un accord de retrait bilatéral est finalement conclu le 17 septembre 1984, marquant la fin de l'opération Manta.

4- Opération Eperviers 1986 (Tchad)

L'Opération Eperviers a été transformé en dispositif Eperviers qui est resté en vigueur jusqu'en 2014 au Tchad.

Crédit photo, (Photo de LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

Légende image, Des pilotes de l'armée de l'air française marchent avant le décollage depuis la base aérienne de N'Djamena, le 22 décembre 2018.

L'opération Eperviers a été déclenchée par la France le 15 février 1986 à la suite du franchissement du 16e parallèle par les forces armées libyennes, au Tchad. L'activisme du colonel Muammar Khadafi empêchait au dirigeant de dormir tranquillement.

A la demande de l'État tchadien, la France lance l'opération Eperviers afin de contribuer au rétablissement de la paix et au maintien de l'intégralité territoriale du pays.

Quelque 1 000 soldats sont mobilisés pour cette opération, avec comme mission lutter contre l'influence libyenne, assurer la protection des 1500 ressortissants français présents au Tchad.

Parmi les faits majeurs de cette opération, on note le raid sur l'aéroport de Ouadi Doum et la destruction de la piste aérienne de la base libyenne par l'aviation française pour empêcher l'aviation libyenne de l'utiliser, la surveillance du 16e parallèle.

5- L'opération Turquoise 1994 (Rwanda)

Des Hutus rwandais accueillent un détachement de commandos marines français, dans le cadre de l'opération militaire « Turquoise » menée par la France et lancée le 22 juin avec l'accord du Conseil de sécurité de l'ONU, alors que ceux-ci traversent en voiture un camp de réfugiés situé à environ 4 km de Butare, le 3 juillet 1994.

Crédit photo, (Photo de HOCINE ZAOURAR/AFP via Getty Images)

Légende image, Un détachement de commandos marines français au Rwanda en 1994.

L'opération Turquoise est sans doute l'une des interventions militaires françaises en Afrique les plus controversées.

Plus de trente ans après son lancement, elle continue de susciter de vifs débats parmi les historiens, les responsables politiques et les spécialistes des relations internationales.

Elle a longtemps été au cœur des tensions diplomatiques entre la France et le Rwanda de Paul Kagame.

En octobre 1990, le Front patriotique rwandais (FPR), mouvement rebelle composé principalement d'exilés tutsis rwandais installés en Ouganda et dirigé par Paul Kagame, lance une offensive contre le régime du président Juvénal Habyarimana. Cette attaque marque le début d'une guerre civile qui culminera avec le génocide des Tutsis en 1994.

Le 6 avril 1994, l'avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, de retour d'Arusha en Tanzanie où se tenaient des négociations de paix, est abattu à son approche de Kigali.

Dans les heures qui suivent, des massacres sont perpétrés contre les responsables de l'opposition, les Hutus modérés et la population tutsie. Ces violences marquent le début du génocide, qui fera entre 800 000 et un million de morts entre avril et juillet 1994, selon les estimations.

En juin 1994, la France lance l'opération Turquoise et déploie près de 2 500 militaires au Rwanda sous mandat des Nations unies.

Présentée comme une opération militaro-humanitaire, elle a pour objectif affiché de protéger les populations civiles menacées par les massacres et de créer des zones de sécurité pour les personnes déplacées.

L'opération demeure toutefois l'objet de nombreuses controverses. Les autorités rwandaises actuelles ont régulièrement accusé la France d'avoir soutenu le régime hutu avant le génocide et de s'être montrée trop conciliante à l'égard de ses responsables.

Les critiques portent notamment sur l'attitude des forces françaises face aux miliciens Interahamwe impliqués dans les massacres, ainsi que sur le fait que la zone humanitaire sécurisée mise en place par l'opération Turquoise aurait facilité la fuite de certains responsables et combattants hutus vers l'ex-Zaïre, aujourd'hui la République démocratique du Congo, à mesure que le FPR progressait sur le terrain.

La France, de son côté, a toujours affirmé que l'opération avait eu pour seul objectif la protection des populations civiles et qu'elle avait permis de sauver de nombreuses vies au cours des dernières semaines du génocide.

6- Opération Pélican 1997 (Congo Brazzaville)

200 hommes du 2ème régiment étranger de parachutistes (REP), basés à Calvi, embarquent dans un DC9, le 13 mai à Bastia, avant de partir pour Brazzaville au Congo afin de relever les éléments du 8ème RPIM "prépositionnés" dans le cadre de l'opération Pélican.

Crédit photo, (Photo by MICHEL DOMINO/AFP via Getty Images)

Légende image, Les hommes du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP), basés à Calvi, embarquent à bord d'un DC-9 le 13 mai, à Bastia, à destination de Brazzaville, dans le cadre de l'opération Pélican.

En 1997, une guerre civile éclate au Congo-Brazzaville à la suite d'un conflit politique entre le président Pascal Lissouba et l'ancien président Denis Sassou-Nguesso.

Les deux camps se livrent une guerre meurtrière pour le contrôle de Brazzaville et du pouvoir avec le soutien de mercenaires étrangers.

La capitale Brazzaville est ravagée par des tirs d'artillerie lourde et des pillages depuis plusieurs mois.

Des milliers de morts et des déplacements massifs de populations sont enregistrés.

Bloqués dans cette guerre fratricide, environ 6 000 étrangers dont 1 500 Français attendent d'être sortis de ce piège.

Pour se faire, la France monte l'Opération Pélican.

L'intervention est lancée le 8 juin 1997, alors que les milices du président Pascal Lissouba et de l'ancien président Denis Sassou Nguesso se livrent une bataille sans merci. Brazzaville, la capitale du Congo, est coupée en deux.

C'est dans ce contexte qu'en une semaine, 1 250 militaires français font une descente sur le terrain et parviennent à faire évacuer les 6 000 étrangers bloqués par les combats. Denis-Sassou Nguesso finira par l'emporter et s'installera au pouvoir jusqu'à nos jours.

7- Opération Licorne 2002 (Côte d'Ivoire)

En Côte d'Ivoire, la Force Licorne est intervenue pour séparer les forces rebelles et les forces gouvernementales.

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Légende image, Des soldats français de l'opération « Licorne », basés à Abidjan.

En septembre 2002, une tentative de coup d'État visant à renverser le président ivoirien Laurent Gbagbo échoue. Quelques mois plus tard, une rébellion éclate toutefois dans le nord du pays.

Dirigée par les auteurs du putsch manqué, elle lance une offensive éclair et parvient à prendre le contrôle d'une grande partie du nord de la Côte d'Ivoire en peu de temps.

Le 17 octobre 2002, un accord de cessez-le-feu est signé entre le gouvernement ivoirien et les rebelles. Sur le terrain, le pays se retrouve de facto divisé : le nord est contrôlé par les rebelles, tandis que le sud reste sous l'autorité du gouvernement.

Le 20 octobre 2002, les autorités françaises confient à l'opération Licorne la mission de veiller au respect du cessez-le-feu. Les forces françaises sont chargées de contrôler et de surveiller la ligne de séparation entre les deux camps.

Dans l'ouest du pays, elles doivent également sécuriser une « zone de confiance » longue d'environ 200 kilomètres et large de 50 kilomètres, afin de prévenir toute reprise des combats.

Le 5 novembre 2004, après deux années de statu quo, l'armée ivoirienne lance une offensive pour reconquérir le nord du pays. Lors d'un bombardement à Bouaké, neuf soldats français sont tués et trente-sept autres blessés.

En représailles, l'armée française détruit l'essentiel de l'aviation militaire ivoirienne, notamment quatre appareils : deux hélicoptères de combat Mi-24, un Mi-8 et un hélicoptère Puma.

8- Opération Sangaris 2013 (Centrafrique)

L'opération Sangaris est une intervention militaire des forces armées françaises en République centrafricaine, en cours depuis le 5 décembre 2013. Le 2e régiment d'infanterie étrangère effectue une patrouille à Bangui pour soutenir la mission de maintien de la paix de l'ONU, la MINUSCA.

Crédit photo, (Photo de José Nicolas/Corbis via Getty Images)

Légende image, L'opération Sangaris est une intervention militaire des forces armées françaises en République centrafricaine.

L'opération Sangaris est la septième intervention militaire menée par la France en République centrafricaine depuis 1960.

Elle trouve son origine dans le renversement du président François Bozizé par la coalition rebelle Séléka, le 24 mars 2013. Après la prise de Bangui et la chute du gouvernement, de violents affrontements intercommunautaires éclatent dans plusieurs régions du pays.

Ces violences opposent principalement les combattants de la Séléka, majoritairement musulmans, aux milices d'autodéfense anti-Balaka, à dominante chrétienne. Les populations civiles, notamment musulmanes, sont alors particulièrement ciblées.

Les exactions commises par les deux camps font craindre un risque de massacres à grande échelle. Face à la dégradation de la situation, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 2127, autorisant le déploiement d'une mission internationale de soutien à la Centrafrique.

Le 5 décembre 2013, la France lance l'opération Sangaris avec pour objectif de mettre fin aux violences et de protéger les populations civiles. Quelque 1 200 soldats français sont d'abord déployés à Bangui, avant d'être envoyés dans d'autres localités du pays.

Avec l'appui des forces internationales, l'opération contribue progressivement à un retour relatif au calme, malgré la persistance de nombreuses tensions et violences armées.

Après près de trois ans de présence, l'opération Sangaris prend fin le 31 octobre 2016. Trois soldats français y ont perdu la vie, dont deux au combat.

L'intervention a toutefois été marquée par une polémique liée à des accusations d'abus sexuels visant des militaires français. En avril 2015, une note interne de l'ONU évoque des allégations de viols commis sur six enfants âgés de 9 à 13 ans dans le camp de déplacés de l'aéroport M'Poko, à Bangui.

Selon les témoignages recueillis, les faits se seraient produits entre décembre 2013 et juin 2014 en échange de rations alimentaires. Les militaires mis en cause ont toujours contesté ces accusations.

Après plusieurs années d'enquête, la justice française prononce un non-lieu en janvier 2018, estimant que les éléments recueillis ne permettaient pas d'établir des charges suffisantes.

Selon des sources judiciaires citées à l'époque par l'AFP, les incohérences relevées dans les témoignages et l'absence de preuves matérielles n'avaient pas permis de confirmer les accusations.

9- Opération Serval 2013 (Mali)

Un convoi de l'armée française quitte son camp au lever du soleil, le 2 novembre 2013 près de Gao, dans le nord du Mali.

Crédit photo, (Photo de PHILIPPE DESMAZES/AFP via Getty Images)

Légende image, Des militaires français au Mali.

Le serval est un petit félin sauvage originaire d'Afrique et répandu dans le Sahel. C'est lui qui donne le nom à l'une des opérations militaires françaises les plus grandes et les plus complexes depuis des décennies.

Environ 4 500 militaires ont été déployés au Mali à partir de janvier 2013 dans le cadre de l'Opération Serval.

Depuis avril 2012, des groupes armés terroristes composés d'AQMI, (Al Qaïda au Maghreb islamique), MUJAO, (Mouvement pour l'unification et le Jihad en Afrique de l'Ouest) et Ansar Eddine (Défenseurs de la foi), occupent le nord du Mali où ils ont pris le contrôle des principales villes, Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Tessalit. Dans ces différentes localités, les jihadistes ont instauré la charia et semé la terreur.

Le 05 janvier 2013, à bord d'une centaine de pick up lourdement armés, ils lancent une offensive vers le sud. Le 10 janvier, la ville de Konna au centre du Mali tombe, permettant aux jihadistes d'entrevoir une descente vers Bamako.

L'armée malienne, sous équipée et sous entrainée a abandonné ses positions, se repliant un peu plus vers le sud.

Face à la menace qui plane sur Bamako, le Président de la transition Diocounda Traoré, lance un appel à la France qui déploie dans l'urgence ses forces spéciales, dans la nuit avec plusieurs hélicoptères d'attaque contre les colonnes terroristes qui faisaient mouvement vers le sud.

Le 11 janvier, l'aviation française avec ses Rafales et Mirages 2000 entre en action pour briser l'offensive des groupes terroristes.

Un déploiement des troupes est organisé dans la foulée avec le débarquement à Bamako des militaires venant du Tchad, de la Côte d'Ivoire, du Niger et de la France avec leurs équipements.

D'autres renforts français débarquent au port de Dakar et prennent la route jusqu'à Bamako d'où la contre-offensive est planifiée en appui à l'armée malienne.

Dans la reconquête du territoire malien, des batailles violentes opposeront les troupes françaises, maliennes et tchadiennes venues en soutien aussi au Mali et jihadistes dans le nord du pays, faisant plusieurs dizaines de morts chez les troupes tchadiennes.

Le 06 juillet 2014, l'opération Serval prend fin après avoir conquis le nord du Mali où les jihadistes régnaient en maîtres. Serval sera remplacée quelques semaines plus tard par l'opération Barkhane.

Au total, 9 soldats français ont trouvé la mort dans les combats entre janvier 2013 et juillet 2014, dans le cadre de l'opération Serval.

10- Opération Barkhane 2014 (Mali, Sahel)

Des soldats maliens participant à l'opération de coordination tactique « Hawbi » et des soldats de la mission française Barkhane effectuent une patrouille le 2 novembre 2017 dans le centre du Mali, dans la zone frontalière avec le Burkina Faso et le Niger

Crédit photo, (Photo de DAPHNE BENOIT/AFP via Getty Images)

Légende image, Des soldats maliens participant à l'opération de coordination tactique « Hawbi » avec des soldats de la mission française Barkhane.

Lancée le 1er août 2014, l'opération Barkhane a pris le relais de l'opération Serval. Contrairement à cette dernière, limitée au territoire malien, Barkhane s'est déployée sur un espace géographique beaucoup plus vaste.

Sur le papier, l'opération couvrait l'ensemble du Sahel, de la Mauritanie au Tchad, avec pour objectif principal la lutte contre les groupes jihadistes.

Elle reposait également sur une approche partenariale avec les cinq pays de la bande sahélo-saharienne, membres du G5 Sahel : la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

Barkhane a mobilisé jusqu'à 5 000 militaires et bénéficié du soutien de plusieurs alliés de la France, notamment les États-Unis.

Concernant son bilan, la France n'a pas publié de chiffres précis sur l'ensemble des opérations militaires menées dans le cadre de Barkhane.

Elle a toutefois revendiqué l'élimination de plusieurs figures majeures du jihadisme dans la région, parmi lesquelles Abdelmalek Droukdel, chef historique d'AQMI, tué en juin 2020 lors d'une opération dans le nord du Mali ; Adnan Abou Walid al-Sahraoui, dirigeant de l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), neutralisé en 2021 dans la zone dite des trois frontières ; Bah Ag Moussa, considéré comme le chef militaire du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) dans la région de Ménaka, tué en novembre 2020 ; Djamel Okacha, dit Yahia Abou el-Hammam, numéro deux d'AQMI et chef de l'émirat du Sahara, tué en février 2019 ; ainsi qu'Abdelkrim al-Targui, chef d'un groupe armé lié à AQMI dans la région de Kidal, tué en mai 2015.

Selon un décompte établi par Mediapart, au moins 2 800 combattants présumés jihadistes ont été tués par les forces françaises depuis 2013, dont environ 600 durant les premiers mois de l'opération Serval et 2 223 à partir de 2014 dans le cadre de l'opération Barkhane.

Du côté français, 58 soldats ont perdu la vie entre 2013 et 2022 : 49 au cours de l'opération Barkhane et 9 lors de l'opération Serval qui l'avait précédée.