L'Égypte, éliminée face à l'Argentine dans les dernières minutes, accuse la FIFA de favoritisme envers Messi

Omar Marmoush à l'issue du match contre l'Argentine

Crédit photo, Paul Childs / Reuters

Légende image, L'image d'Omar Marmoush à la fin du match contre l'Argentine reflétait le sentiment de nombreux Égyptiens
    • Author, Neil Johnston
    • Role, Journaliste de BBC Sport
    • Reporting from, Miami
  • Published
  • Temps de lecture: 9 min

À 12 minutes de la fin du temps réglementaire, l'Égypte était à deux doigts de son meilleur résultat de l'histoire de la Coupe du monde.

Les Pharaons menaient 2-0 face à l'Argentine, les champions du monde en titre, au stade d'Atlanta.

Ce pays africain passionné de football entrevoyait une place en quarts de finale pour la première fois de son histoire.

À partir de là, tout a mal tourné. Terriblement mal.

Lorsque Cristian Romero a réduit l'écart à la 79e minute, l'Égypte s'est repliée en défense.

Mais la panique s'est emparée des Égyptiens lorsque le capitaine argentin, Lionel Messi — qui d'autre ? — a égalisé à 2-2 quatre minutes plus tard.

Enzo Fernández a achevé ce retour spectaculaire d'un coup de tête à la deuxième minute du temps additionnel, portant le score final à 3-2 et scellant la qualification de l'Argentine pour les quarts de finale.

L'Égypte, battue, était furieuse face à plusieurs décisions arbitrales.

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L'une d'entre elles a été la décision de l'arbitre assistant vidéo (VAR) d'annuler un deuxième but de Mostafa Zico en raison d'une faute commise auparavant par le milieu de terrain Marwan Attia, qui avait légèrement piétiné Lisandro Martínez au début de l'action, alors que les Africains menaient 1-0.

Les Égyptiens ont également insisté sur le fait que Mohamed Salah avait été victime d'une faute dans la surface de réparation argentine, quelques secondes avant que les champions en titre ne marquent le but de la victoire.

« Il y a actuellement beaucoup d'incohérences concernant le VAR et les décisions, ainsi que sur la question de savoir jusqu'où remonte l'action pour annuler une décision », a déclaré Ahmad Yousef, expert égyptien en football, à BBC Radio 5 Live.

« Une distance énorme avait été parcourue et la faute était minime, je comprends donc parfaitement pourquoi le staff technique et l'équipe égyptienne sont si déçus.»

Lorsque l'arbitre français François Letexier a sifflé la fin du match, de nombreux joueurs égyptiens se sont effondrés sur la pelouse, incrédules face à ce qui venait de se passer.

Salah a échangé son maillot avec son ancien coéquipier de Liverpool, Alexis MacAllister, avant de quitter le terrain, la tête baissée, tandis que d'autres joueurs secouaient la tête de dénégation.

Dans une interview explosive d'après-match, le sélectionneur égyptien, Hossam Hassan, a affirmé que son équipe avait été « traitée injustement ».

« Il y a beaucoup de choses à remettre en question, tant sur le terrain qu'en dehors », a ajouté Hassan.

« Des aspects négatifs partout. Il s'agit tout simplement de crédibilité, ou plutôt d'un manque de crédibilité, quant à la manière dont les événements se sont déroulés.

« Peut-être voulaient-ils que le champion du monde reste en lice. Peut-être voulaient-ils que Messi continue à se battre pour le titre », a-t-il ajouté.

« Le champion du monde a reçu un soutien à tous les niveaux. Il semble que l'Argentine exerce des pressions pour que ce résultat soit validé. »

BBC Sport a contacté la FIFA pour connaître sa réaction à ces déclarations.

Ce match avait tout pour plaire : un penalty arrêté, un but refusé, un carton rouge (infligé à un membre du staff technique égyptien) et un retournement de situation palpitant.

BBC Sport revient sur une rencontre qui restera dans les annales de la Coupe du monde, car une équipe qui perdait de deux buts dans les dernières minutes a réussi à s'imposer sans avoir besoin de prolongations.

L'Argentin Lautaro Martínez proteste auprès de l'arbitre lors d'une action du match Argentine-Égypte.

Crédit photo, Sathire Kelpa / Getty

Légende image, L'arbitre a été l'un des protagonistes du match Argentine-Égypte.

« Nous avons été victimes d'une injustice »

Évoquant les maigres résultats de sa sélection en Coupe du monde, le sélectionneur égyptien Hossam Hassan avait déclaré à la veille du tournoi : « Nous devons donner une meilleure image lors de cette Coupe du monde. »

L'Égypte est arrivée à la Coupe du monde nord-américaine en tant qu'équipe qui n'avait pas répondu aux attentes lors des éditions précédentes, après avoir échoué lors de ses trois participations antérieures, au cours desquelles elle n'avait remporté aucun de ses sept matchs.

Après avoir remporté leur première victoire en battant la Nouvelle-Zélande lors d'un match de la phase de poules à Vancouver le 22 juin, les Pharaons ont pris l'avantage face à l'Argentine, triple championne du monde, lorsque Yasser Ibrahim a marqué de la tête à la 15e minute.

Au cours d'un match riche en rebondissements, le gardien égyptien Mostafa Shobeir a réalisé un arrêt magnifique pour repousser le penalty de Messi, avant que les Pharaons ne croient avoir marqué un autre but, qui a ensuite été annulé.

Le but de Fernández à la dernière minute a suscité encore plus d'indignation, l'Égypte réclamant un penalty antérieur suite à une faute sur Salah dans la surface.

Un membre du staff technique égyptien présent sur le banc a été expulsé avec un carton rouge et le sélectionneur égyptien a reçu un carton jaune.

« Je ne suis pas convaincu par ce résultat. Je ne suis pas convaincu par la manière dont les événements se sont déroulés pendant ce match », a déclaré Hassan.

« Un penalty a été annulé. Un deuxième but a été inexplicablement refusé. On n'a même pas consulté le VAR alors que nous avons tous vu l'image du maillot tiré vers l'arrière », a-t-il déploré.

« Je ne vais plus regarder les matchs de cette Coupe du monde. C'est ma façon d'exprimer mon opinion. »

L'attaquant égyptien Zico a ajouté : « L'arbitre a été vraiment injuste. L'injustice était flagrante. Il y a eu des injustices dès le début du match. »

Salah participera-t-il à une autre Coupe du monde ?

Alors que Messi, le Norvégien Erling Haaland et le Français Kylian Mbappé ont marqué régulièrement lors de ce tournoi, Salah repart avec un seul but à son actif, celui qu'il a inscrit lors de la victoire contre la Nouvelle-Zélande le 22 juin.

Face à l'Argentine, le capitaine égyptien n'a créé aucune occasion de but ni délivré aucune passe décisive.

Salah aura 38 ans lors de la Coupe du monde 2030 qui se déroulera au Maroc, au Portugal et en Espagne.

Si le Portugais Cristiano Ronaldo, âgé de 41 ans, et le Croate Luka Modric, âgé de 40 ans, ont déjà disputé leurs derniers matchs en Coupe du monde, il reste à voir si Salah sera de retour avec sa sélection dans quatre ans.

Par ailleurs, l'élimination de l'Égypte fait du Maroc la dernière des dix équipes africaines encore en lice dans cette compétition.

Le Maroc est entré dans l'histoire il y a quatre ans en devenant la première nation africaine à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde.

Les Lions de l'Atlas affronteront la France jeudi en quarts de finale au Boston Stadium.

À la fin du match, Salah a pris dans ses bras l'Argentin Mac Allister.

Crédit photo, Sebastian Frej / Getty

Légende image, On ne sait pas encore si la star égyptienne, Mohamed Salah, participera à nouveau à une Coupe du monde.

Les décisions arbitrales clés

Analyse de Dale Johnson, correspondant football

La semaine dernière, Pierluigi Collina, responsable de l'arbitrage à la FIFA, a souligné un critère essentiel donné aux arbitres.

Il leur a été demandé de tolérer les contacts physiques normaux propres au football afin d'accélérer le rythme des matchs.

Lors de cette Coupe du monde, on a enregistré 22,6 fautes par match, contre 25 en 2022 et 27 en 2018.

En quoi cela influe-t-il sur le but refusé à l'Égypte ?

Attia a très légèrement tiré sur le maillot de Martínez et lui a légèrement marché sur le pied.

Mais le VAR est intervenu pour annuler le magnifique but de Zico pour une faute.

Bien sûr, on pourrait soutenir qu'il s'agissait d'une faute, mais cela serait incohérent avec la manière dont le tournoi a été arbitré.

Si l'on autorise ce genre d'actions pendant le match, il faut alors faire de même avec le VAR.

Vous souvenez-vous du coup de pied d'Aleksandar Pavlovic à la tête de l'Équatorien Pedro Vite ? Le VAR n'est pas intervenu sur le but marqué ensuite par Leroy Sané.

La faute a-t-elle été commise trop tard dans l'action ? Le VAR analysera comment la phase d'attaque a débuté, et plus précisément comment la possession du ballon a été conquise.

Étant donné que cette intervention a directement conduit au but, elle pourrait faire l'objet d'une révision, même si elle s'est produite 17 secondes auparavant.

Le plus regrettable pour l'équipe arbitrale est la faute potentielle commise sur Salah lors de l'action précédant le but victorieux et dramatique de Fernández.

Dans la surface de réparation argentine, Salah s'est effondré en affirmant que Julian Álvarez lui avait fait un croche-pied. Cela ne devrait-il pas également être examiné par le VAR ?

C'était similaire au tacle d'Attia, à une différence cruciale près.

Salah se trouvait à l'intérieur de la surface, ce qui fait que le VAR envisage un éventuel penalty, dont le seuil est plus élevé que celui d'une faute.

Si Salah avait été en dehors de la surface, par souci de cohérence, le VAR aurait dû intervenir. Comme les éléments ne suffisent pas pour accorder un penalty, le but de l'Argentine est maintenu.

La fierté égyptienne au cœur brisé

Sur cette photo prise à New York, une femme portant le maillot de l'équipe nationale égyptienne regarde le match de son équipe, la main sur le visage et l'air sérieux.

Crédit photo, Adam Gray / Reuters

Légende image, Les supporters égyptiens étaient désespérés après la défaite de leur équipe nationale.

Par Shaimaa Khalil, correspondante de la BBC en Amérique du Nord

Je venais de raccrocher après avoir parlé à mon neveu de 9 ans.

« Misha, c'est un désastre. On s'est fait voler ! », m'a-t-il dit, les larmes aux yeux, fou de rage.

J'imagine que des conversations similaires ont lieu dans les foyers et dans les groupes WhatsApp familiaux partout où des familles égyptiennes, comme la mienne, regardent ce match ce soir.

Dire que ce dénouement m'a brisé le cœur est un euphémisme.

Ce match a fait vivre aux supporters des montagnes russes émotionnelles : de l'espoir à la foi, puis à l'euphorie totale… avant la colère et, enfin, l'angoisse.

« En tant qu'Américain d'origine égyptienne, j'ai ressenti chaque minute de ce match », m'a confié Sami Elmansoury, 41 ans.

« Voir l'Égypte passer de sa première victoire en Coupe du monde à tenir tête à l'Argentine est quelque chose que je n'oublierai jamais. Rien ne peut ternir ce que ces joueurs ont démontré aujourd'hui au monde entier. Leur performance tout au long de ce tournoi restera gravée dans les mémoires. »

Et je pense que c'est ce que ressentent de nombreux Égyptiens ce soir.

De la fierté… et de la déception. Ils n'ont pas joué comme des perdants, ils ont joué d'égal à égal.

Cette équipe a accompli ce qu'aucune autre équipe égyptienne n'avait réussi auparavant. Elle a redonné le moral à une nation et à toute une région.

Sa devise tout au long de ce tournoi a été « Mekameleen », ce qui signifie « nous continuerons d'avancer ».

Et c'est ce qui s'est passé.

Ce soir, les rues du Caire, d'Alexandrie et d'autres villes d'Égypte seront plus calmes que ne l'espéraient les supporters.

Cette Coupe du monde s'est peut-être terminée sur une déception, mais elle a également convaincu les Égyptiens que cette équipe fait partie de l'élite du football mondial.