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Le plus vieux président du monde remanie l'armée, son absence alimentant l'inquiétude
- Author, Paul Njie
- Role, BBC Afrique
- Reporting from, Yaoundé
- Published
- Temps de lecture: 4 min
Le dirigeant camerounais Paul Biya, figure historique du pays et absent de la scène publique depuis près de deux mois, a procédé à un remaniement de l'armée face aux inquiétudes croissantes suscitées par son séjour prolongé à l'étranger.
Le président, âgé de 93 ans, a nommé des responsables à des postes clés au sein de l'armée et a promu cinq colonels au grade de général de brigade.
Parmi les généraux de brigade nouvellement promus figure Raymond Jean Charles Beko'o Abondo, qui a été immédiatement reconduit dans ses fonctions de commandant de la garde présidentielle d'élite – chargée de la protection de Biya – un poste qu'il occupe depuis 2013.
De tels remaniements ne sont pas inhabituels sous l'administration de Biya, en particulier en période de forte pression publique ou de faiblesse perçue.
Après un coup d'État inattendu survenu il y a trois ans au Gabon voisin, qui a renversé la dynastie Bongo et provoqué une onde de choc sur tout le continent, le Cameroun a immédiatement remanié son commandement militaire.
Puis, alors qu'il briguait un huitième mandat controversé lors de l'élection présidentielle de l'année dernière, Biya a remanié les hauts gradés de l'armée.
En juin dernier, il a de nouveau promu plusieurs membres des forces de défense et de sécurité à des grades supérieurs.
Les circonstances dans lesquelles ces derniers changements ont été apportés ont suscité des débats, notamment sur les médias sociaux.
Biya a procédé à ces nominations dans des décrets distincts lundi depuis la ville suisse de Genève, où il séjourne depuis son départ du Cameroun le 7 juin pour ce que son équipe a décrit comme un « bref séjour privé ».
Au Cameroun, nombreux sont ceux qui ont critiqué le manque d'informations concernant ses activités et l'incertitude qui entoure la durée de son voyage à l'étranger.
Après les élections de l'année dernière, il a promis de nommer un nouveau gouvernement, mais ne l'a toujours pas fait. Le poste de vice-président, créé en avril dernier, reste vacant.
Durant son séjour à l'étranger de près de 60 jours, il a signé plusieurs autres décrets, dont certains autorisant son gouvernement à conclure des accords de prêt avec des institutions financières internationales.
Son absence a alimenté de nouvelles spéculations sur son état de santé, mais le gouvernement a constamment démenti les informations selon lesquelles, le chef de l'État aurait été hospitalisé.
Les organisations de défense de la liberté de la presse s'étaient indignées lorsqu'il avait été annoncé, il y a deux ans, que les médias camerounais étaient interdits de rendre compte de l'état de santé de Biya.
Le ministre camerounais de la Communication, René Emmanuel Sadi, a déclaré lors d'un entretien avec Radio France Internationale que le président était vivant et qu'il rentrerait bientôt au pays.
Il a également rejeté les allégations de l'opposition selon lesquelles l'absence du dirigeant nonagénaire équivalait à une vacance à la tête de l'État, affirmant que Biya continuait de travailler depuis Genève.
Mais l’absence prolongée du président Biya signifie que le Cameroun connaît un « vide institutionnel flagrant », déclare Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM.
« Le pouvoir exécutif s'exerce au cœur de la nation, et non par des signaux de fumée ou par télépathie depuis des suites d'hôtel à l'autre bout du monde », a-t-il déclaré le mois dernier.